Interview : Pierre-Olivier Maquart, éleveur d’insectes au Ghana

Lorsqu’on regarde un peu le panorama des français investis dans le domaine des insectes comme aliments pour les humains ou les animaux, on pense souvent à nos différentes supers start-ups. Mais il y’a aussi des personnes qui font de belles choses qui attirent moins l’attention. Elles travaillent dur dans leurs coins, font un travail incroyable pour leurs environnements locaux et créent une valeur économique. (On dirait les insectes çà, non ?). C’est l’une de ces personnes que j’ai la chance d’interviewer aujourd’hui : Pierre-Olivier Maquart.

elevage insectes mouche soldat

Pierre-Olivier est un jeune français investi dans le projet Ento-Prise au Ghana, un projet financé par le DFID (Department for International Development). Avec son équipe, ils élèvent des mouches soldats à partir de déchets organiques dans le but de fournir de la nourriture pour les poissons d’élevage et l’aviculture ainsi que du bio-fertilisant tout en réduisant les déchets!

J’ai découvert son travail grâce à cette vidéo et j’ai tout de suite apprécié la personne ainsi que son état d’esprit.


Pierre-Olivier Maquart, les insectes et l’Ento-prise

Florian : Bonjour Pierre-Oliver, je suis très heureux d’être avec toi aujourd’hui. Peux-tu m’en dire un peu plus sur ton background ?

Pierre – Olivier : Mon domaine d’étude principal c’est l’entomologie. J’ai obtenu un Master d’Ecologie à l’Université de Rennes 1 et j’ai toujours été passionné par les insectes. La taxonomie des insectes, c’est vraiment mon truc! (Identification des insectes).Pour valider mon diplôme, j’ai effectué un stage au musée IZIKO dans la ville du Cap (Afrique du Sud). Le but était de classer et d’identifier des guêpes africaines. Après ceci, je voulais réellement étudier l’entomologie mais la France n’offre pas de formation scolaire… J’ai trouvé une thèse au sein de l’université écossaise de Stirling. Le sujet était l’élevage de la mouche soldat noire (Hermetia illucens) comme source de protéine pour la nourriture animale. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à réellement m’intéresser aux insectes en tant que ressource alimentaire pour l’animal et l’être humain.

Florian : Wow, sacrée belle histoire ! Les insectes t’ont vraiment guidés, tu as commencé à les étudier enfant au fond de ton jardin, ils t’ont ensuite mené dans un musée à étudier d’anciennes mouches et maintenant ils t’ont emmené sur un beau projet d’élevage de mouche au Ghana.

Pierre-Olivier : On peut dire les choses comme cela… (rire) C’est un beau CV !

Florian : Peux-tu m’en dire un peu plus sur le projet Ento-Prise?

Pierre-Olivier : Comme tu l’as vu dans la vidéo, nous élevons des mouches soldats noires qui sont nourris de matières organiques. Les larves sont ensuite utilisées comme nourriture pour les tilapias et les pintades. Le substrat restant peut être, de son côté utilisé comme bio-fertilisant.

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Larves de mouches soldats noires (Crédit : Emilie Devic)

Florian : Quand on parle des insectes en tant qu’aliments, on fait souvent à l’augmentation du besoin en protéines et de son éventuel manque dans les années à venir. Toi qui est en Afrique, ce besoin est réel et déjà présent. Quelles sont objectifs de ton projet ?

Pierre-Olivier : La situation au Ghana est particulière. Avec l’immense lac Volta, le Ghana est le second plus grand producteur africain aquacole de tilapia et dans le même temps, les taxes portuaires internationales sont très élevées. Un autre facteur à prendre en compte est la fluctuation du court de la monnaie locale. Il en résulte une situation difficile pour les exploitants de fermes aquacoles car ils dépendent d’une nourriture pour poissons importée à des taux très élevés. Enfin, le Ghana est toujours un pays émergent, c’est ainsi difficile d’inclure l’aspect environnemental en même temps que la croissance économique. C’est ici que notre mouche soldat trouve sa place ! Les larves de ces insectes peuvent être utilisées comme nourriture pour les tilapias. Dans le même temps, c’est un fertilisant efficace, écologique et peu cher pour les fermiers. Enfin, cela présente un réel bénéfice environnemental car c’est un bon moyen de limiter et réutiliser les déchets alimentaires.

Florian : Avec tous ces avantages, je me doute que la communauté locale devait être très enthousiaste et intéressée par l’Ento-Prise.

Pierre-Olivier : Oui totalement ! Cela crée également de l’emploi et permet à la population locale de développer de nouvelles compétences. L’avantage des mouches soldats est que ce sont des insectes « propres » et « nets ». Par exemple, -de mon expérience personnelle-, les personnes sont plus réfractaires à l’idée d’utiliser les mouches domestiques, des insectes qui peuvent être sources de nuisance.

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Une mouche soldat noire (Crédit : Emilie Devic)

Florian : Dans une de tes dernières vidéos, tu visitais les installations d’Aspire au Ghana où tu as pu y goûter des vers de palme. Est-ce commun ici et comment vois-tu le futur des insectes en tant qu’aliments pour l’être humain au Ghana ?

Pierre-Olivier : Je ne suis pas un expert des insectes en tant qu’aliments pour l’être humain mais je ne pense pas que la pratique se développera de manière importante dans tout le pays. Ici, c’est très localisé : Il y’a principalement 2 endroits dans le pays où les gens mangent des insectes.C’est réputé être un aliment de famine dans la région de la Volta, alors que c’est un mets raffiné dans la région de Kumasi. Je pense ainsi que cela restera dans des secteurs très localisés au Ghana.

Florian : Pour beaucoup de personnes vivant dans les payx occidentaux, on a encore la croyance dure que les insectes sont uniquement des « aliments pour les pauvres »…

Pierre-Olivier : Ici au Ghana, c’est partiellement vrai. C’est ainsi qu’ici, pour de nombreux ghanéens, les insectes sont considérés comme un aliment de famine. Ce qui n’est pas du tout le cas dans les pays voisins. Je pense que les insectes sont plus consommés et appréciés au Togo et en Côte d’Ivoire. Si un jour, je décidais de me mettre, moi aussi, à l’élevage de ces insectes, ce serait sûrement là-bas plutôt qu’au Ghana.

Florian : Vraiment très intéressant! Tu mets en avant un autre point très important. De notre côté, nous imaginons souvent la culture africaine ou asiatique comme des ensembles homogènes. C’est drôle, car pour nous c’est évident que les français et les allemands mangent différement, alors pourquoi en serait-il différent pour les togolais et les ghanéens ? Pierre-Olivier, dis moi la vérité… J’ai vu la vidéo où tu manges le ver de palme, tu n’as pas l’air très sûr de toi sur ce coup…



Pierre-Olivier : Oui, c’était ma première fois… On ne se moque pas… Qui a dit que c’était « normal » de manger des insectes, on a tous une certaine appréhension en découvrant un nouvel aliment… Comme c’était ma première expérience avec ces insectes, qui de plus étaient vivants, on a du couper la vidéo pendant 2 minutes… Des insectes crus et vivants, c’est quelque chose, mais au final, c’était très bon ! Quand j’étais sur l’île de la Réunion, j’ai eu l’occasion de goûter des larves de guêpes ainsi que des termites en Afrique du Sud. J’ai trouvé ces insectes délicieux !

Florian : Si au départ, j’ai souhaité prendre contact avec toi, c’est parce que tu donnes l’image de quelqu’un d’amical, chaleureux et ouvert (ce qui est vraiment le cas ! ) A l’heure actuelle, j’ai l’impression que le mouvement se développe d’une manière avec ce genre d’attitude.

Pierre-Olivier : Oui, je pense qu’il est très important d’être ouvert et de partager. Même si c’est évident que certaines informations sont amenées à rester confidentielles, pour moi, tout cacher et protéger n’est pas une solution. Avec cette communauté grandissante ayant différentes expériences et connaissances, nous travaillerons plus rapidement et efficacement en partageant certaines de nos recherches. Aujourd’hui, nous avons accès à une quantité incroyable d’informations que nous pouvons ensuite partager et échanger via les réseaux sociaux, utilisons ces outils intelligemment !

Nous travaillerons plus rapidement et efficacement en partageant certaines de nos recherches. Aujourd’hui, nous avons accès à une quantité incroyable d’informations que nous pouvons ensuite partager et échanger via les réseaux sociaux.

Florian : Tu as totalement raison ! Je trouve fantastique que cette idée rassemble des gens des 4 coins du monde qui essaient de développer le secteur d’une belle manière et de construire quelque chose en plus. Après tout, il n’y a pas de temps à perdre pour changer le monde… Je pense qu’il faut qu’on garde à l’esprit que nous construisons seulement les fondations de ce secteur. Alors construisons-en des solides afin que nos successeurs puissent réutiliser et améliorer notre travail.
Dernière question : Partage des insectes ! Si tu pouvais servir et partager un repas avec des insectes avec quelqu’un, quelle serait la recette et avec qui le partagerais tu ce repas?

Pierre-Olivier : Mmmmh… Je pense que je partagerais un repas à base d’insectes avec l’explorateur Mike Horn. Je lui servirais des magnifiques guêpes frites en entrée et des vers de palme rôtis bien dodus en plat principal.

Florian : J’espère qu’il y’aura une place pour moi ce jour là ! Merci beaucoup pour ton temps et toutes ces informations.


Discuter avec Pierre-Olivier était vraiment très intéressant et instructif. C’est réellement quelqu’un de bien, une personne ouverte, passionnée et enthousiasmante. Avec un capitaine comme lui l’Ento-Prise « ira là où aucun homme, là où personne, n’est jamais allé » .Cette conversation m’a également rappelé que même si les insectes en tant qu’aliments sont une solution envisageable tant d’un point de vue écologique, nutritionnel, économique et social aux différents problèmes de malnutrition mondial, cette solution doit être adaptée à un contexte et une échelle locale.


Pour ne louper aucune information de l’ento-prise, vous pouvez les rejoindre sur Facebook ainsi que sur leur chaîne Youtube.

J’espère que la lecture de cette conversation vous a plu, en attendant la suite, prenez soin de vous et à bientôt!

Florian

Flo

De formation, je suis ingénieur en environnement, Coach sportif, spécialiste en nutrition sportive et "Entotarien". Dans le domaine des insectes comestibles depuis 5 ans, je suis devenu consultant pour un système d'élevage d'insectes en France puis en Chine, rédacteur free-lance et intervenant public dans plusieurs pays. Je suis désormais à Paris avec Jimini's où nous créeons et vendons de délicieux produits à bases d'insectes. Je dirais que toute ma vie tourne autour du fait de manger des insectes.

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2 réponses

  1. Adrien Ngaha dit :

    Bonjour, nous sommes une association communautaire dynamique localisée au Cameroun, constituée d’ingénieur en génie de l’environnement option Gestion durable des déchets et aimerions nous investir dans la production de larves mais nous sommes buté à leurs acquisitions. Nous sollicitons une aide dans ce sens. Merci d’avance ngahaadrien2005@gmail.com

  2. Adrien Ngaha dit :

    Hello,
    In front of the crisis of wastes and difficult access to the animal resources whose the cities of Cameroon are victim. As a young community association constituted of environmental ingineers in sustainable Wastes Management. We are interested by this ecological technology by the means of the larvae. For that we could obtain a space and finalize the project. We are currently wedge with the acquisition of the larvae and we wish a help in this direction.
    Thanks you in advance, ngahaadrien2005@gmail.com

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